AUTOPSIE DE LA CRISE SOCIO-ÉCONOMIQUE ET POLITiQUES DU MALI

La présente réflexion est une analyse de notre perception de la situation actuelle du Mali dans une Afrique, continent à histoire truffée d’un kaléidoscope de crises sociales, économiques et constitutionnelles.
D’entrée en matière, la société du 21ème siècle exige rationalisme et humilité de la part de tous ceux qui mènent la réflexion et tentent d’élucider les peuples autours des grandes questions. En ces heures de notre histoire contemporaine, l’Afrique des Peuples libres et des Nations indépendantes se doit d’être un continent dont le souci majeur serait l’édification d’une société de paix tournée vers son développement. Les nations et les peuples sont les acteurs de ce développement.
Dans le cas précis du Mali qui fait le sujet du débat aujourd’hui, il faut comprendre que plusieurs facteurs sont déterminants dans les fondements de la crise que traverse le pays :
  • la crise au nord du pays caractérisée par une rébellion armée soutenue par Aqmi, dont les conséquences sont : attaques récurrentes, massacre de soldats désarmés, hostilité à l’administration et aux forces armées et de sécurité, insécurité alimentaire, déplacement massif des populations civiles ;
  • Incapacité du régime défunt à circonscrire la crise par la mise en place d’un dispositif militaire et de sécurité des soldats Maliens en guerre contre les rebelles : soldats en nombre insuffisant, sans armes et munitions ;
  • Opacité de l’État démocratique traduite par une domination de l’appareil d’État par une minorité de partis politiques qui n’aspirent qu’à prendre le pouvoir, une substitution de l’État par ATT et son équipe dite « Gouvernement de mission » comme s’il n’en était pas ainsi depuis 10 ans ;
  • Absence de rédevabilité du pouvoir en place (défunt) sur la gestion de certains grands chantiers de l’État notamment les 200 000 000 FCFA de l’Initiative riz, les terres (foncier urbain et rural) faisant objet d’un accaparement sans précédent dans l’histoire du Mali indépendant par les tenant du régime au service de certaines grandes puissances, d’organismes de coopération, et de compagnies étrangères d’exploitation des ressources minières dont le peuple Malien ne profite guère.
Parlant précisément de la situation au Nord Mali , ceux sont les effets collatéraux de la crise en  Lybie qui ont chassé le Colonel Kadafi du pouvoir et qui ont permis à ses ex fidèles d’envahir le septentrion du territoire Malien avec bagages et armes, bien sûr après qu’ils aient été suivis, contrôlés et désarmés par le Gouvernement Nigérien pour sa part.
Bien avant, par prudence et mesure de sécurité proactive, certains gouvernements comme ceux du Niger, de la Mauritanie, de l’Algérie et même du Burkina Faso, avaient mis en place des dispositifs sécuritaires pour contrecarrer les effets de la crise Lybienne. En conséquence, les combattants ont choisi de récidiver les actes d‘une rébellion touareg datant des heures de l’indépendance en 1960 et dont des bases juridiques semblent lui avoir été offertes par la signature du Pacte National en 1992 et l’Accord d’Alger en 2006.
En définitive, l’intervention du CN CRDE en date du 22 Mars 2012 n’a été que le produit des nombreux « ratés » et de l’indélicatesse des gouvernements du Mali depuis 1960, face à une situation qui demande une solution énergique et définitive afin que triomphe le règne de la démocratie et de la prospérité socio-économique et politique d’un Mali unifié ; En d’autres termes, l’intervention du CN CRDE a été une réaction à un malaise social et politique créé surtout par le régime de ATT qui, au lieu de se soucier de rétablir la paix et le sécurité dans le Nord Mali, pense surtout à tenir des élections, organiser un référendum sur la constitution du pays, instituer un nouveau découpage territorial du pays qui consistera à créer une région de Taoudéni (d’où l’esprit sécessionniste tant réclamé par la rébellion touareg).
L’intervention du CN CRDE a rencontré une série de manifestations de la population Malienne, le plus souvent en faveur du changement intervenu. Des partis politiques, organisations de la société civiles, des organisations indépendantes de jeunes, des syndicats et diverses corporations ont manifesté (à travers déclarations, motions de soutien, sit – in à l’aéroport, et marches pacifiques) pour réaffirmer leur attachement aux idéaux de changement portés par le CN RDRE. Ils ont magnifié la République, stigmatisé le régime défunt, et encouragé l’armée à poursuivre sa noble mission de défense de l’intégrité territoriale.
Cependant, même face à cette situation de trouble de l’ordre public où la patrie est en danger, il faut condamner toute tentative de prise du pouvoir par la force ; l’ordre constitutionnel est un gage de paix, de sécurité et de développement pour tout pays.
Il est cependant nécessaire de rappeler les propos du célèbre écrivain Malien Séydou Badian Kouyaté, grand témoin de l’histoire contemporaine de l’Afrique ; S’agissant de cette crise, il disait : « …. à situation exceptionnelle il faut de mesures exceptionnelles ; le Mali est actuellement en guerre ; la CEDEAO doit comprendre cette situation ; où étaient ces pays de la CEDEAO au moment où les rebelles tuaient les militaires Maliens dans le Nord ? Quelles puissances avons-nous entendu ? Et maintenant que nous avons envisagé notre solution, il faut que tout le monde soutienne le CN RDRE et l’encourager à poursuivre cette noble mission …..».
A notre avis, en entendant et en lisant les propos contenus dans la déclaration dite finale de la CEDEAO sur le Mali, on a l’impression qu’il ne s’agit pas du Mali réellement.
A tous azimuts, cette position de la CEDEAO est entièrement contradictoire avec la position affichée par le peuple Malien dans toutes ses composantes qui, à travers déclarations et motions de soutien, s’est prononcé favorable aux idéaux du CN RDRE.
Il reste à comprendre que la position de la CEDAO ne devra être dictée de la volonté d’une dizaine de politiciens Maliens, surtout ceux là qui tiennent mordicus et à tout prix à la tenues d’élections qu’ils pourront manipulé à leur compte; Elle doit reposer sur une analyse saine de la situation politico sociale et économique du pays elle-même fondée sur les aspirations des populations et leur perception des évènements survenus. La CEDEAO ne doit pas être un club de chefs d’Etats se soutenant les uns et les autres.
De toutes les manières, la déclaration reflète plus la volonté de réhabiliter ATT et son régime, que de trouver une solution aux graves problèmes (rébellion armée, agressions diverses, démocratie en décrépitude, État inexistant et substitué par ATT et ses acolytes, perte de dignité d’une armée nationale…) auxquelles la population Malienne est confrontée. Où est alors l’ordre constitutionnel que la CEDEAO veut rétablir au Mali ?
En tant qu’africains de l’ouest, nous avons besoin d’une CEDEAO qui prend plus en compte les intérêts des peuples que ceux des gouvernants qui se cachent derrière l’ordre constitutionnel. Il faut que la CEDEAO comprenne que le Mali n’est pas un pays ayant une tradition de la tuerie, de la déstabilisation de l’ordre social politique gratuitement; le Peuple Malien est mature et n’applique pas une démocratie linéaire. Il adapte sa démocratie aux exigences de l’époque, des événements, et surtout de ses propres ambitions.
Une semaine après la prise du pouvoir par le CN CRDRE, le peuple vit dans une sérénité totale, plutôt entachée par la rébellion au nord pour laquelle le régime de ATT n’a que fait preuve de mollesse et d’incapacité. Le Mali n’est donc pas le pays qui mérite ce traitement méchant et non réfléchi de la CEDEAO et des presses occidentales qui font croire à la face du monde que ça brûle au Mali alors qu’il en est autre que le contraire.
La prise du pouvoir par l’armée au Mali met en évidence que le dernier recours d’un pays harassé de l’insouciance et de l’incapacité de son régime soit disant démocratique, est la sollicitation de son armée pour le redressement  de la situation. Une fois de plus, nous constatons que la passion a prévalu sur la raison dans le salon de la CEDEAO. Le Peuple du Mali fier du changement intervenu ne doit pas être blessé dans sa profonde dignité et son choix de l’heure, par une CEDEAO réclamant à sa place un certain ordre constitutionnel pour un régime moribond vivant d’ailleurs ses dernières minutes.
L’esprit des lois qui garnit les constitutions des Etats, n’est pas inconciliable avec les aspirations des peuples face à leurs problèmes sociaux et politiques. L’ordre constitutionnel part tout d’abord du niveau d’organisation interne des Etats avant son harmonisation avec l’esprit des organisations communautaires.
Sans perdre de vue que la démocratie est le fondement d’une bonne organisation sociale et politique pour un Etat à un moment précis de son histoire, les dirigeants africains doivent cerner le fossé qui sépare le niveau d’organisation sociale et politique des Etats et les modèles de sociétés auxquelles aspirent leurs peuples. Une telle approche de la CEDEAO sur la situation du Mali, permettra à ADO de faire le bon choix de son organisation communautaire sous régionale qui est actuellement en manque de chantier.
Enfin, le poète a dit : « Quand un État est malade, on ne le soigne pas ; on le décapite et on construit un autre ». Le Général Ricardo l’aurait compris et appliqué en Espagne pour sauver son pays des affres d’un régime exaspéré de l’époque.
 
YORO SADOU – Bamako-Mali
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